18 avril

by Stéphane

Je me suis levé à 8h au lieu de 7, intentionellement, parce que l’autre idiot a encore ronflé comme un dragon frustré, du coup mon sommeil entre cinq et sept heures a été plutôt léger.

M’enfin sinon la routine, je suis allé au boulot, j’ai du me taper la réunion d’ingénieurs dirigée par notre manager, un brave homme avec une tête de rat (oh que si), qui parle très vite en abusant du “right?”, ce qui prouve bien qu’il porte en lui un terrible traumatisme infantile, lorsque personne ne l’écoutait, ou alors pour lui couper la parole. Je passe les détails de la présentation faite à grands coups de Comic Sans MS, si on a fréquenté les meilleures universités de Montpellier, c’est une souffrance cicatrisée.

Non par contre, l’évènement du jour, c’était en milieu d’après-midi, alors que j’atteignais les sommets de la bulle, les yeux à moitiés fermés devant mon écran.

J’en profite pour clarifier deux trois détails sur ce blog et mes récits difficilement quotidiens. Le fond noir et l’ambiance sombre, ce n’est pas de la dépression moisie mais l’expression de mon minimalisme combinée au fait que ça me repose les yeux et que en toute logique, ça use moins d’énergie que les pixels blancs, qui sont plus lumineux. Et comme je me doute bien des millions de visiteurs qui passent sur ce blog les yeux avides et la bouche sèche, j’en profite pour sauver l’environnement.

Deuxièmement, mes récits ne sont pas tristes, je trouve simplement plus de facilité à décrire des situations misérables que j’exagère parfois (sauf le sushi, qui était vraiment dégeulasse jusqu’au bout de la nuit), plutôt que le soleil et les robots licornes qui passent dans la rue.

Finalement, mon travail me plaît, je bosse chez Fanhattan, c’est du feu et on va sûrement dominer le monde d’ici Septembre. Certes, il m’arrive de ne rien comprendre à ce qu’on me demande de faire et par conséquent d’attendre patiemment que le savoir me tombe dessus tel l’éléphanteau qui loupe la marche, mais sinon je vous rassure tout va bien.

Je suis ravi d’être à San Francisco, et même si la maison me manque de temps en temps, c’est quand même une vie palpitante, j’insult − je rencontre trois nouveaux pays chaque soir à l’hôtel, et enfin c’est aussi une victoire sur tous les imbéciles qui m’ont dit que je pourrais pas partir à SF, parce que c’était trop tard, trop cher, trop ceci et trop cela. J’ai du prendre ma décision un mois avant (je salue tous ceux qui m’ont dit que pour faire son stage aux US il fallait s’y prendre 6 mois avant)(cela dit, c’est quand même un avantage) la date de début, avec un visa qui prends d’habitute 4/5 semaines, les frais autour, le rendez-vous à l’ambassade de Paris, et apprendre à vivre tout seul, loin de sa tendre famille, et du chat.

Tout va bien, marquise ou pas. 

Donc aujourd’hui, j’attendais le savoir au boulot, lorsque soudain, une espèce de détonation sourde fait vibrer mon corps (elle a bien de la chance) un instant, une seconde troublante, puis quelques moments plus tard, alors que tout le monde enlève ses écouteurs pour localiser l’immonde personnage responsable de la caisse de Richter, une deuxième secousse vient calmer le bureau, comme un orage immense qui gronderait par dessous.

Pour le 105ème anniversaire du séisme de 1906 qui avait ravagé San Francisco, la faille nous a offert un petit séisme de magnitude 3.8, deux secousses qui ne sauraient troubler l’ordre publique, mais croyez bien que je faisais pas le malin, le cœur affolé par l’incroyable force d’une Terre qui peut détruire une ville en trois mouvements, au sens propre.

Sur ce, me voila arrivé à l’hôtel, où je vais me faire une sieste bien méritée, avant que l’autre ours du New-Jersey vienne chasser Morphée par la force de ses rugissements nasaux.