Stuff about Steph

Ce blog n'a aucune vocation. C'est un peu le Dany Brillant des blogs.

20 novembre: où l’on questionne la légitimité du Mercredi

Il y a les jours où il faut envahir la Pologne, et il y a les jours où il fait mieux rester au lit.

Aujourd’hui, c’était plus rester au lit, et j’ai senti dès le premier cognage d’épaule dans le mur de ma chambre (pourquoi j’anticipe toujours le virage jusqu’à la cuisine, mystère et boule d’ivrogne) que c’était une journée pour se jeter dans les orties et se battre avec Gandi.

Bref, passons sur ma paire de chaussettes trouées que je remet gaiement parce que j’ai eu la flemme de faire une lessive (ce qui jusque là ne diffère pas des jours d’avant), j’ai pris l’ascenseur sereinement pour débouler dans un froid grotesque qui m’aurait presque fait versé une larme si la température permettait l’état liquide.

Donc j’ai attendu le bus en faisant des claquettes irlandaises de la mâchoire, puis arrivé au métro (parce que prendre juste le bus c’est pour la plèbe), j’ai du faire le trajet jusqu’à la rame bras écartés et moonwalks involontaires (assez impressionnant mais on se met vite en retard) parce que le sol était mouillé et que leur signe “caution: slippery floor” voulait vraiment dire “seuls Philippe Candeloro et Suria Ben Ali admis sur la piste”.

Installé dans le wagon je découvre que j’ai oublié mes écouteurs dans mon lit douillet, et j’inflige donc un carton rouge immédiat à ce mercredi en polyuréthane flasque.

Deux stations plus tard, une cargaison d’enfants soi-disant scolarisés envahit la rame, et je retiens difficilement les larmes qui montent doucement à mes yeux moites. Privé d’isolation acoustique, me voilà totalement réceptif aux débilités qui caractérisent si bien les enfants de sept ans et les supporters de football, à la différence que les enfants de sept ans n’apportent qu’un intérêt poli à la présence de salade sur la tête ou pas.  

Heureusement (qui est un bien grand mot dans le contexte), ils descendent à la moitié de mon trajet, et la maigre bougie de l’espoir s’allume en moi telle un ptérodactyle en feu (bah ouais mais pas de métaphores, pas de métaphores, qu’est ce que tu veux que je te dise).

Station d’après, où l’on commence à sentir que chaque station est le niveau suivant du jeu “Passe Ta Vie En Enfer”, le train demeure en gare trop longtemps pour ne pas me mettre la puce à l’oreille et la rage à la bouche. Comme je bénéficie d’une place assise (et j’avais même pas pris mes billets à l’avance), je décide d’attendre patiemment, patience qui est brutalement stoppé par une annonce dégueulasse au micro “due to a person being ill in Shadwell, all service is currently suspended blablabla yolo”.

Décidant de montrer l’exemple à mes pairs, je me lève d’un pas pas courant (dédicace haha) et sort de la station, et lève aussi le voile que j’avais sur la face car je n’ai aucune idée d’où on est, et comme Jackie Maps me suggère de prendre le métro, je réalise bientôt que je suis livré à moi-même.

Me voilà donc à la recherche du prochain café potable ouvert et je m’installe donc dans le “Cinnamon Café”, tenu par une charmante barista dont la beauté n’aura d’égal que sa froideur, et j’ai beau lui parler du château de ma mère et des olives dénoyautées, impossible de fendre son faciès gracieux d’un sourire divin, et c’est par pure politesse que je ne lui en taille pas un à grands coups de coude.

Rassasié par ce délicieux mocha (mourant de faim, ndlr), je retourne à la station assuré que la personne malade mentionnée plus haut s’est remise de ses émotions et/ou qu’elle est partie vomir ailleurs, de une ça ne se fait pas dans le train, et de deux normalement c’est réservé pour le dimanche qui est le jour du Seigneur et du Hangover.

Et pourtant ! dit le poète qui l’avait bien dit qu’on se qualifierait pour la Coupe du Monde, le traffic est toujours interrompu et le doute s’installe concernant ce que les anglais appellent “malade”, et au vu du temps nécessaire pour remettre les choses en ordre, je présume que “malade” encadre à la fois le malaise gastrique, la possession d’un album de Garou et donc le jetage sous trains qui est une maladie comme les autres malgré une brièveté quasiment inégalée.

Tel Vercingétorix se rendant à César, je demande à Jean-Michel RATP comment me rendre à mon bureau. Malgré l’oubli immédiat de la moitié de son propos (et l’autre moitié que j’avais difficilement comprise de toute façon), je m’avance vers un arrêt de bus qui n’a de bus que l’arrêt puisque le bus lui-même est visible au fond de la rue mais n’avance pas, bloqué par des travaux publics sur la route qui étaient selon moi aisément franchissable, trois poteaux pliés et c’était dans la poche.

Renonçant à tout effort supplémentaire pour la journée (il est dix heures et quart), j’hèle un taxi qui à ma plus grande surprise s’arrête (d’habitude ça se joue en trois manches avec prolongations), et m’installe confortablement à l’arrière de la Merco (dans le texte, en vrai c’était un croisement entre une Twingo, une poussette et un canard).

Comme je suis un être social (et exceptionnel, ça ne coûte rien de le rappeler), je tchatche le bonhomme pendant la route et après quelques banalités pénibles, je suis questionné sur mon origine, question étonnante car pourtant je ne suis pas noir (j’en parlais à Armstrong tout à l’heure d’ailleurs). D’abord séduit par l’envie de lui hurler la Marseillaise aux tympans, je me résous finalement à lui annoncer “la France, sir”, et je débloque ainsi l’accès à sa vie, et celles de ses neveux qui ont déménagé en Bretagne mais qui vont à l’école française et qui sont bilingues et pourquoi le métro marche pas mon bon monsieur.

Bref j’ai failli m’endormir en sursaut mais j’ai tenu le coup et arrivé à destination me suis rendu compte qu’il me manquait un misérable livre pour payer ma course, et malgré la gentillesse de ce brave homme qui m’aurait laissé partir sans son dû complet, je lui ai laissé mon billet de cinq euros que j’utilise habituellement pour draguer les caissières, et je lui ai dit qu’il pourrait acheter une glace à ses neveux avec, ce qui après réflexion (je devrais le faire moins souvent) est abject, très dans le style du “tiens, tu achèteras des chaussures à tes enfants”.

Je suis arrivé au bureau, la machine à espressos marchait pas, il s’est mit à pleuvoir velu, y’avait un mec roux dans la pièce, bref, je pose la question : le Mercredi, oui, mais pour quoi faire ?

15 novembre : où l’on se demande si l’Anglais sait qu’il est Anglais

Donc j’ai déménagé à Londres.

La première chose qui m’a choqué en arrivant ici, c’est un policier avec son taz— hein ? Non, la première chose qui m’a choqué je disais, c’est cette liberté d’expression vestimentaire couplée au mauvais goût qui caractérise si bien les anglais. Autant en France on fait attention à accorder les couleurs et les textures avec la petite ceinture Dolce & Gabbana, autant de l’autre côté de la Manche les mecs s’autorisent tout et rien, entre les teintures capillaires foudroyantes, les sourcils dessinés à l’aérosol et l’épiderme orange-angoisse que les amateurs de faux-bronzage exhibent fièrement, il y a des fois où on finit par se demander si les Allemands n’auraient pas dû commencer par l’Angleterre au lieu de franchir bêtement la frontière alsacienne en pleine digestion post-choucroute.

En terme d’architecture, Londres c’est très hétérogène (comme quoi c’est un mot qui peut être utilisé en dehors des bulletins et des conseils de classe), et dans l’ensemble l’effet est plutôt raté, autant les rues de Paris subjuguent à la façon des milles facettes d’un même diamant, autant Londres il suffit de se tromper de rue et c’est la dépression instantanée, celle qui fait pleurer des bébés moutons tout doux ou qui rends la banane à ce rabat-joie de Chopin.

Mais tout n’est pas gris non plus, sauf en termes météorologiques où en accord avec les idées reçues (merci d’avoir écrit si nombreux), chaque jour se démarre tristesse au ventre, la gorge nouée et les yeux mouillés face à ce ciel impitoyable où valsent mélancoliquement cumulus, Nimbus 2000, Eclairs de Feu et autres balais d’Harry Potter (à Harry Potter ? de Harry Potter ? la voiture du chat qui va au coiffeur ?).

Je disais donc, avant de m’interrompre bêtement, tout n’est pas gris non plus car l’Anglais est un être jovial, et c’est tout à son honneur, voir points précédents. Malgré un teint de peau qui renvoie Blanche-Neige et sa famille de nains super creepy au vestiaire, l’Anglais s’efforce de sourire au comptoir, et accuse une descente de bière solide que le soldat Maniaci s’empresse souvent de battre malgré les huit allers-retours aux toilettes nécessaires pour la moindre pinte.

L’Anglais aime le cricket, le Sud de la France où il n’a jamais mis les pieds, et les pork scratchings qu’on traduit littéralement par “grattage de porc”, mais qui n’ont rien à voir avec une association loufoque entre la Française des Jeux et la PAC. Les pork scratchings, c’est une espèce de chips dégueulasse avec des bouts de gras de cochon dedans. Y’allah l’idée est pas mal, m’enfin ça pêche sur la réalisation et on n’hésitera pas à décliner poliment et/ou cracher au visage en cas d’invitation au voyage dans cette gastronomie excentrique et franchement alarmante que les britanniques se traînent depuis des siècles sans s’étonner que ça parte en guerre tous les cent cinquante ans.

Sur ce, c’est l’heure de l’apéro.

Houston, houston

Depuis que j’ai traversé l’Atlantique pour aller planter les ouchs en Amérique, je n’ai rarement eu besoin de m’y reprendre pour comprendre ce langage fort sympathique qu’est l’anglais, malgré la cruelle absence d’accents sur les voyelles et le fait que les américains le parlent.

Bref, aujourd’hui et après deux semaines d’intense méditation, j’avais décidé d’aller à l’intermarché du coin pour acheter mes céréales matinales, ne pouvant pas soutenir la délocalisation du petit déjeuner à Starbucks où le quart de mon salaire s’en va gaiement.

J’étais donc lancé à la poursuite des Special K au chocolat, et là premier malaise : dans le rayon céréales, il y a un groupe de mecs avec des packs de bière et de quoi faire un BBQ de l’espace, qui cherchent sûrement LA boîte de céréales qui va faire rêver l’humanité une fois que tout le monde est arraché à 4h du mat’.

La virilité est donc à son comble entre les Chocapic et les Weetos, mais je m’avance courageusement et fait tomber la boîte de Spécial K Fitness devant moi. Évidemment, c’est la seule boîte avec un concours pour gagner un voyage en thalasso à Thaïtï, avec une fille en maillot et huit paragraphes qui expliquent comment perdre 3 kilos en deux semaines. Autant dire que je fuis le rayon dans les délais les plus courts, tentant vainement de murmurer une formule magique qui aurait normalement du anéantir toute forme de vie dans un rayon de 200 mètres.

Et maintenant arrive le drame de la journée, la mésaventure du dimanche, le requin des bois aux herbes (hein ?) : je m’avance vers les caisses clairsemées en faisant confiance à ma bonne étoile pour choisir la bonne. L’ingénieur caissier est un vieil homme à fort typage asatique, et il m’a l’air d’exécuter suffisemment bien le travail à la chaîne pour lui confier mes céréales et mon jus de fruit.

Et là c’est le mur. L’incompréhension totale. Le nuage, le brouillard, que dis-je, le retour de l’ère glaciaire qui s’installe entre cet homme et moi, si bien que je suis incapable de comprendre un seul des mots qu’il m’adresse. Je n’arrive même pas à distinguer si il parle anglais, chinois, russe, ou si il est juste en train d’inventer un nouveau langage et qu’il a décidé de tester sur moi.

Malgré la classicité du processus tapis-roulant/argent/vas-t’en, je sens la panique monter en moi comme l’homme de Néandertal qui cherche à arrêter un micro-ondes sauvage. Après avoir scanné mes articles dans le plus grand professionnalisme, l’homme me pose des questions. Je ne comprends toujours rien. Je décide de tenter ce que je tente toujours dans ces cas-là : la réponse universellle : “mmyesnomaybeallright”. L’homme ne me comprends pas (au moins c’est réciproque) et son regard mi-étonné, mi-chinois me donne confirmation que ma réponse ne le satisfait pas.

Je sors le grand jeu, et je décide de répondre oui ou non au hasard. Étant d’un naturel positif, je tente le “Yes”, et c’est encore une grave erreur que je commet puisque il me sort une carte de fidélité dont je n’ai aucune envie, et me demande de faire quelque chose avec, mais je le répète, chaque son qu’il émet survole amplement mes capacités de reconnaissance vocale et procession du langage.

J’ai donc la carte de fidélité en main, et tentant de garder mon sang froid, je cherche à déceler l’intention de l’individu. Je ne sais pas si il veut une signature, que je me fasse un rail de coke, que je lui récite du Rimbaud ou si il fait juste ça pour me faire chier. L’homme pointe un doigt sur la machine qui scanne les cartes, j’en déduis qu’il faut que je la passe sur le lecteur magnétique.

Je glisse donc ma carte dans la machine, mais l’énergumène montre des signes de réactions négatives, j’en déduis donc que mon choix ne le satifsait pas. Je regarde l’écran de la machine, on me demande de faire une donation pour des enfants américains qui ont l’air super misérable, mais voyant la file d’attente s’allonger et redoutant une fusillade de tradition américaine, je tente de faire parvenir un message à l’indigène comme quoi je ne veux plus de sa carte, et que je veux juste rentrer chez moi avec mes céréales et mon jus de fruit en pleurant.

L’homme comprends ma requête, et me reprends la carte des mains qu’il m’échange avec mon ticket de caisse, le tout en me saluant dans son langage spatial qui du début à la fin n’aura fin aucune ombre de sens pour moi. Je le salue Marie, et je prends la fuite dans une tristesse infinie que les nuages de San Francisco ne sauront consoler.

Le million

Bonjour,

Je me présente, je m’appelle Madame EVELYNE DEANE je suis mariée au Feu, c’est-à-dire au défunt de mon époux CARLOS Mc WILSON de nationalité HAÏTIENNE, de mémoire glorieuse et bénie qui était un ingénieur consultant  pendant neuf ans. Au bout de six ans de mariage, il mourut après une brève et simple maladie de 4 mois.J’envisage de faire une donation de toute mes biens car je souffre d’un Cancer colorectal et mon docteur viens de m’informer que je ne survivrais pas au bout des 3 prochaines semaines à venir. J’ai décidé de vous léguer ma fortune de UN MILLION VINGT CINQ MILLE DOLLARS US (1.025.000 Us Dollars) Avec toute la modestie et la sincérité d’une donatrice. Je serai ravi de vous donner cette somme cela sans rien demander en retour.Je voudrais que vous sachiez que ce fonds que vous recevrez comme don de la part d’une femme mourante, vous en fassiez bon usage, en l’utilisant pour bénir d’autres pauvres (telles est mon vœux le plus cher en ce moment).Contactez-moi si vous êtes d’accord pour mon offre tout en me laissant vos coordonnées.
Contactez l’adresse suivant: deane_evelyne@rocketmail.com
Mme EVELYNE DEANE

Chère Evelyne Deane.

Tout d’abord, merci pour votre e-mail. Mes sincères condoléances pour Carlos, qui même en demeurant un total étranger pour moi semble avoir construit une bien belle carrière, et je regrette autant que vous qu’il dût y mettre un terme prématurément, à cause de cette déplorable maladie.

Dans votre ultime douleur, je puis me permettre de soulever quelques questions qui me turlupent à la lecture de votre message ; tout d’abord, laissez-moi émettre des doutes sur l’expression “mariée au Feu”. Au-delà d’un amour inconditionnel de la pyrotechnie que seuls certains visionnaires nazis ont eu le courage d’expérimenter, sur les autres, il apparaît que le français ne tolère nullement ce genre de proposition absurde. Académique ou pas, j’ai quand même cherché sur Google “mariée au feu”, et les seuls résultats affichés pointent tous vers une vidéo très drôle où une mariée prend feu. Je vous invite cordialement à la regarder, ça vous fera du bien de rigoler un peu.

Deuxièmement, je suis quelque peu troublé de voir que Carlos, si vous permettez que je l’appelle Carlos, ait succombé après 4 mois à une maladie “brève et simple”. Plus par respect pour le mort que par amour de la médecine, je vous suggère de trouver à l’avenir (si vous avez le temps de vous remarier à un homme qui lui aussi jouit d’une mémoire glorieuse et bénie, mais qui meurt à la fin) des adjectifs plus sombres pour décrire ce genre de circonstances, à moins que Carlos, pauvre de lui, ait pris un plaisir malsain à mourir, auquel cas sa mort peut effectivement être qualifiée de “brève et simple”, voire “burlesque” si en plus il avait le rire facile.

Maintenant, concernant votre offre financière, je puis me permettre de refuser, pour de multiples raisons que je vais énumérer immédiatement ci-après.

Tout d’abord, je n’aime pas gagner mes sous sur le dos d’un mort, ni sur son ventre, ni sur sa tête, alouette, alouette, aaaaa − ni celle de sa femme. Il n’apparaît nulle part que ce million provient de votre labeur, d’autant plus que vous précisez le travail de feu votre mari, mais pas le vôtre ! Et comme à chaque fois que je reçois un million de dollars, je demande les trois derniers bulletins de salaire plus une caution des parents, j’ai bien peur que votre dossier ne soit pas retenu.

Finalement, madame Deane, je n’apprécie que très peu votre suggestion concernant l’usage de l’argent reçu, je cite : « en l’utilisant pour bénir d’autres pauvres ». Voyez-vous madame Deane, ce n’est pas parce que vous n’avez jamais connu le besoin grâce à Carlos, ou l’envie de manger à la cantine, avec les copains et les copines, que vous pouvez assumer directement que tous les autres sont des pauvres. Je suis moi-même à la tête d’une confortable fortune de quelques centaines d’euros acquis grâce à ma carrière dans l’ingénierie informatique et la sélection rigoureuse des différentes marques de pâtes à Monop’. C’est donc mon dernier conseil : soyez malheureuse, mais humble. Toujours rester humble.

En espérant que vos trois semaines réglementaires ne soient pas écourtées,

Cordialement,

− Stéphane.

Le balcon, Internet, Internet, le balcon, voilaaaa (cliquez sur l’image pour la full HD 360 stereo 3D avec ricochet en standby sur le genou droit du pape)

Le balcon, Internet, Internet, le balcon, voilaaaa (cliquez sur l’image pour la full HD 360 st

13 mai

Aujourd’hui j’ai été promu. Non que d’habitude je sois contre les mus, mais cette fois le chef des ingénieurs m’a convoqué dans une des salles de conférence, avec son regard spécial “tu sais Jack, ça va pas être facile”.

Lâchant mes activités habituelles (me regarder dans le reflet de mon écran, nettoyer mes touches, écouter un morceau des Beatles en stéréo et le ré-écouter juste après avec le casque inversé), je l’écoute avec mon regard de chien abattu (pas facile, mais ça se travaille), et le bonhomme m’explique que hier lors de la réunion ingénieurs (à laquelle j’assiste, au sens physique du terme), il a vu mon regard s’illuminer lorsqu’il nous a annoncé que la boîte voulait recruter un développeur iPad.

Ce qu’il ne sait pas, c’est que hier j’ai sursauté parce que je pensais que c’était une belle connerie de recruter un ingénieur iPad, sachant qu’ils font sous-traiter l’essentiel du produit à une autre boîte, et que personne dans la boîte ne sait faire du développement Apple. Bref, je pouffe intérieurement. J’en profite pour lui mettre un bon croché du droit intérieurement aussi, c’est gratuit et ça fait du bien.

On me demande si je sais faire de l’Objective-C. Moi qui n’est jamais touché de près ou de loin, et qui croyait lire un mélange d’hébreu et de turque la dernière fois que j’ai ouvert un des fichiers sources, je bafouille un “ouiiii mais noooon, ça dépeeennnd, j’ai demandé à la luuuuuune”, etc. Ça a l’air de le convaincre, puisque je suis donc proclamé développeur iPad et interaction designer. Décortiquons ensemble ces termes mystérieux et nocturnes, qui donne envie de crier à la victoire sur l’Allemagne, alors que même pas.

Ingénieur iPad, ça veut dire que je travaille sur un Mac et que je transfère un programme sur une tablette, c’est joli ça fait des bulles, standing ovation Palavas faites du bruit (pour les vrais de vrais qui sont allé se peler les synapses sur la plage à l’époque où le FISE était à Palavas). Interaction designer, ça veut dire que je suis à l’écoute des designers, et que dès que y’en a un qui veut changer trois pixels sur l’écran, comme ce sont des glands qui ne savent manier que Photoshop et la souris, je le fais pour eux. J’encule les mouches à leur place, si ça parle plus à certains.

Bref, du coup ils font attention à moi et j’ai pu faire chier l’administrateur système en changeant la moitié de mon bureau, un plaisir que tout le monde ne sait pas apprécier. Maintenant j’ai un Mac, un iPad et iTouch à ma disposition, j’hésite encore sur quel appareil est le moins pire en terme d’utilité, mais comme le disait Himler en visitant Auschwitz un jour de pluie, ne boudons pas notre plaisir.

12 mai

J’ai écrit tous les jours depuis le dernier article, mais mon ordinateur a été mangé par des bedbugs, du coup impossible de publier.

Cela dit, c’est pas non plus loin de la vérité, mon omniscient rommate ayant une fois de plus la certitude absolue confirmée de l’espace que nous ne dormons pas seuls la nuit, brandissant sous mes yeux trois boutons ridicules sur sa nuque et dans le dos. Je vais finir par l’abattre, ça lui fera au moins une bonne raison d’avoir mal.

Je ne peux continuer la suite des évènements sans vous relater quelques épisodes des semaines d’avant ; Il y a donc bien deux semaines, Aaron Weasley se réveille en panique, et m’explique dans le blanc des yeux qu’il a été piqué par des bedbugs cette nuit. Comme d’habitude, il a passé une partie de la matinée à lire la moitié d’Internet sur ces sales bêtes, du coup quand je rentre il est déjà en train de me dire qu’il faut quitter l’hôtel, et que il ne reste pas une nuit de plus ici.

Retenant mon spécial pied-bouche-coco, j’explique au bonhomme que je ne bougerai pas d’un de mes maigres poils, et que si il est tant convaincu que la mort nous en veux, je me propose à échanger les lits, pour moi aussi savourer la morsure discrète de nos micro-camarades sanguinaires. Il accepte le pacte, et c’est comme ça que j’ai carotte le plus grand lit de la chambre en toute honnêté, le tout pendant deux semaines de sommeil délicat, perturbé non par les morsures mais par les ronflements de Barbie Bedbugs, qui comme d’habitude tente d’accorcher un petit 250 décibels aux alentours de trois heures du matin.

Tout allait donc très bien jusqu’à ce que, voir plus haut, Aaron m’affirme d’une voix tremblante qu’il est dévoré par l’armée des insectes invisibles. Du coup le lendemain matin, il décide d’aller à l’hôpital pour faire analyser ses boutons, heureusement qu’il est pas français parce qu’il nous aurait sodomisé le trou de la Sécurité Sociale depuis perpette l’animal. Quand il est revenu, ça m’a fait rire, il a pris son air tout sérieux de « C’est pas tout ça, mais je pense que la troisième guerre mondiale arrive ». Et puis j’ai vite déchanté, parce que le docteur en mousse qui l’a vu (le pauvre), a confirmé une histoire de bedbugs, comme quoi c’est pas en étant docteur qu’on dit moins de conneries.

Il était déjà en train de m’expliquer qu’il fallait qu’on lave toutes nos affaires _deux_ fois (déjà qu’une ça me fait chier), et qu’on change de chambre si jamais il était d’accord pour qu’on reste à l’hôtel. Retenant une deuxième fois une pluie de cocos fulgurante, je lui ai expliqué que c’était dans sa tête, et que je m’offrais en sacrifice aux bedbugs suprêmes en reprenant le petit lit le soir même.

Ça fait quatre jours que les bedbugs m’ignorent de nouveau. Trop de muscles sûrement.

25 avril

Six mois plus tard dans la forêt.

Hier soir, las de ces nuits incomplètes et des ces soirées futiles, j’avais décidé de dormir huit heures sèches, histoire d’être dans le rhythme pour ma semaine de jeune professionnel. Manque de bol, de toute façon j’avais pas faim, il se trouve qu’au hasard d’une conversation avec une américaine d’origine chinoise (ai-je encore besoin de préciser ?), je nous découvre un faible pour le whisky, une boisson un peu moins dégeulasse que le Gin & Juice infect qui sévit dans le sous-sol de l’auberge.

Résultat, je me suis retrouvé à tenir une douce créature au dessus d’un entre-immeuble glauque, vomissant ses tripes pendant que je lui demandais poliment si elle aussi elle trouvait que Spiderman aurait eut l’air con s’il s’était fait piqué par un moustique. La belle ne sut pas répondre à ma question pertinente, d’ailleurs elle ne dévoilat pas une fois le fond de sa pensée, à l’inverse du fond de son estomac, qu’elle dévoilât maintes fois dans des bruits grotesques qui ne <sierre, saillir, imparfait, Dieu lui-même n’y avait pas pensé> (siésait ?) pas à son visage gracieux.

Le mieux c’est quand je l’ai raccompagné à sa chambre et que j’ai essayé de la porter façon Prince-tout-choco jusqu’au troisième étage, sauf que moi niveau force des bras, j’ai pris l’option flan-faible ; du coup j’ai failli lui tomber dessus dans l’ascenseur, et je l’ai un peu broyé sur son propre mur lorsqu’après vingt mètres d’effort insoutenable dans le couloir, je la déposais avec la grâce d’un baleineau lâché en pleine guarrigue, le temps d’ouvrir la porte de sa chambre miteuse.

Une fois que j’eu posé la bête dans son lit, dans lequel elle mourût immédiatement, je redescendis le pas hésitant, encore atterré par ma performance annuelle de porté de vâches à maines nues sous alcoolémie contrôlée. Bref, j’arrive au premier étage, l’espace “lounge” et ses canapés moelleux, lorsque j’aperçois la silhouette confuse d’une autre victime de l’alcool, qui s’avère être Dominique,  un garçon épidermiquement noir, qui respire à moitié dans la trace horrifiante de son vomi encore frais (je vous mets les détails avec, c’est cadeau).

Ne voulant pas perdre un autre Bon Scott, j’ai de suite le bon réflexe : je me casse en bas pour prévenir mon colloc, qui a de l’expérience dans le domaine. Résultat, on l’a tiré un peu plus loin (au sens cinétique), et je lui ai filé ma veste, qu’est ce qu’il faut pas faire pour préserver les espèces en voie d’extinction. Du coup on lui a sauvé la vie, et on en a profité pour immortaliser l’instant, je vous laisse savourer.

Dominique, ne nous remercie pas

Bref, couché à 6h30, après m’être battu une dernière fois avec le rideau, qui me tombât sur la gueule sans vergogne, avec les tringles et tout le tutti frutti. Je me suis laissé allé à un sommeil frêle et sans espoir, ne pouvant même pas compter sur mes deux heures de sommeil restantes, Aaron répondant encore une fois présent au poste de baryton nasal, symphonie pour un mort en nez majeur. Que du bonheur.

18 avril

Je me suis levé à 8h au lieu de 7, intentionellement, parce que l’autre idiot a encore ronflé comme un dragon frustré, du coup mon sommeil entre cinq et sept heures a été plutôt léger.

M’enfin sinon la routine, je suis allé au boulot, j’ai du me taper la réunion d’ingénieurs dirigée par notre manager, un brave homme avec une tête de rat (oh que si), qui parle très vite en abusant du “right?”, ce qui prouve bien qu’il porte en lui un terrible traumatisme infantile, lorsque personne ne l’écoutait, ou alors pour lui couper la parole. Je passe les détails de la présentation faite à grands coups de Comic Sans MS, si on a fréquenté les meilleures universités de Montpellier, c’est une souffrance cicatrisée.

Non par contre, l’évènement du jour, c’était en milieu d’après-midi, alors que j’atteignais les sommets de la bulle, les yeux à moitiés fermés devant mon écran.

J’en profite pour clarifier deux trois détails sur ce blog et mes récits difficilement quotidiens. Le fond noir et l’ambiance sombre, ce n’est pas de la dépression moisie mais l’expression de mon minimalisme combinée au fait que ça me repose les yeux et que en toute logique, ça use moins d’énergie que les pixels blancs, qui sont plus lumineux. Et comme je me doute bien des millions de visiteurs qui passent sur ce blog les yeux avides et la bouche sèche, j’en profite pour sauver l’environnement.

Deuxièmement, mes récits ne sont pas tristes, je trouve simplement plus de facilité à décrire des situations misérables que j’exagère parfois (sauf le sushi, qui était vraiment dégeulasse jusqu’au bout de la nuit), plutôt que le soleil et les robots licornes qui passent dans la rue.

Finalement, mon travail me plaît, je bosse chez Fanhattan, c’est du feu et on va sûrement dominer le monde d’ici Septembre. Certes, il m’arrive de ne rien comprendre à ce qu’on me demande de faire et par conséquent d’attendre patiemment que le savoir me tombe dessus tel l’éléphanteau qui loupe la marche, mais sinon je vous rassure tout va bien.

Je suis ravi d’être à San Francisco, et même si la maison me manque de temps en temps, c’est quand même une vie palpitante, j’insult − je rencontre trois nouveaux pays chaque soir à l’hôtel, et enfin c’est aussi une victoire sur tous les imbéciles qui m’ont dit que je pourrais pas partir à SF, parce que c’était trop tard, trop cher, trop ceci et trop cela. J’ai du prendre ma décision un mois avant (je salue tous ceux qui m’ont dit que pour faire son stage aux US il fallait s’y prendre 6 mois avant)(cela dit, c’est quand même un avantage) la date de début, avec un visa qui prends d’habitute 4/5 semaines, les frais autour, le rendez-vous à l’ambassade de Paris, et apprendre à vivre tout seul, loin de sa tendre famille, et du chat.

Tout va bien, marquise ou pas. 

Donc aujourd’hui, j’attendais le savoir au boulot, lorsque soudain, une espèce de détonation sourde fait vibrer mon corps (elle a bien de la chance) un instant, une seconde troublante, puis quelques moments plus tard, alors que tout le monde enlève ses écouteurs pour localiser l’immonde personnage responsable de la caisse de Richter, une deuxième secousse vient calmer le bureau, comme un orage immense qui gronderait par dessous.

Pour le 105ème anniversaire du séisme de 1906 qui avait ravagé San Francisco, la faille nous a offert un petit séisme de magnitude 3.8, deux secousses qui ne sauraient troubler l’ordre publique, mais croyez bien que je faisais pas le malin, le cœur affolé par l’incroyable force d’une Terre qui peut détruire une ville en trois mouvements, au sens propre.

Sur ce, me voila arrivé à l’hôtel, où je vais me faire une sieste bien méritée, avant que l’autre ours du New-Jersey vienne chasser Morphée par la force de ses rugissements nasaux.

http://www.youtube.com/watch?v=esb5HaEHnUQ Le temps que j’écrive autre chose. Pip-pip-pip-pip,

Le temps que j’écrive autre chose. Pip-pip-pip-pip, thunderbird!