Le million
Bonjour,
Je me présente, je m’appelle Madame EVELYNE DEANE je suis mariée au Feu, c’est-à-dire au défunt de mon époux CARLOS Mc WILSON de nationalité HAÏTIENNE, de mémoire glorieuse et bénie qui était un ingénieur consultant pendant neuf ans. Au bout de six ans de mariage, il mourut après une brève et simple maladie de 4 mois.J’envisage de faire une donation de toute mes biens car je souffre d’un Cancer colorectal et mon docteur viens de m’informer que je ne survivrais pas au bout des 3 prochaines semaines à venir. J’ai décidé de vous léguer ma fortune de UN MILLION VINGT CINQ MILLE DOLLARS US (1.025.000 Us Dollars) Avec toute la modestie et la sincérité d’une donatrice. Je serai ravi de vous donner cette somme cela sans rien demander en retour.Je voudrais que vous sachiez que ce fonds que vous recevrez comme don de la part d’une femme mourante, vous en fassiez bon usage, en l’utilisant pour bénir d’autres pauvres (telles est mon vœux le plus cher en ce moment).Contactez-moi si vous êtes d’accord pour mon offre tout en me laissant vos coordonnées.Contactez l’adresse suivant: deane_evelyne@rocketmail.comMme EVELYNE DEANE
Chère Evelyne Deane.
Tout d’abord, merci pour votre e-mail. Mes sincères condoléances pour Carlos, qui même en demeurant un total étranger pour moi semble avoir construit une bien belle carrière, et je regrette autant que vous qu’il dût y mettre un terme prématurément, à cause de cette déplorable maladie.
Dans votre ultime douleur, je puis me permettre de soulever quelques questions qui me turlupent à la lecture de votre message ; tout d’abord, laissez-moi émettre des doutes sur l’expression “mariée au Feu”. Au-delà d’un amour inconditionnel de la pyrotechnie que seuls certains visionnaires nazis ont eu le courage d’expérimenter, sur les autres, il apparaît que le français ne tolère nullement ce genre de proposition absurde. Académique ou pas, j’ai quand même cherché sur Google “mariée au feu”, et les seuls résultats affichés pointent tous vers une vidéo très drôle où une mariée prend feu. Je vous invite cordialement à la regarder, ça vous fera du bien de rigoler un peu.
Deuxièmement, je suis quelque peu troublé de voir que Carlos, si vous permettez que je l’appelle Carlos, ait succombé après 4 mois à une maladie “brève et simple”. Plus par respect pour le mort que par amour de la médecine, je vous suggère de trouver à l’avenir (si vous avez le temps de vous remarier à un homme qui lui aussi jouit d’une mémoire glorieuse et bénie, mais qui meurt à la fin) des adjectifs plus sombres pour décrire ce genre de circonstances, à moins que Carlos, pauvre de lui, ait pris un plaisir malsain à mourir, auquel cas sa mort peut effectivement être qualifiée de “brève et simple”, voire “burlesque” si en plus il avait le rire facile.
Maintenant, concernant votre offre financière, je puis me permettre de refuser, pour de multiples raisons que je vais énumérer immédiatement ci-après.
Tout d’abord, je n’aime pas gagner mes sous sur le dos d’un mort, ni sur son ventre, ni sur sa tête, alouette, alouette, aaaaa − ni celle de sa femme. Il n’apparaît nulle part que ce million provient de votre labeur, d’autant plus que vous précisez le travail de feu votre mari, mais pas le vôtre ! Et comme à chaque fois que je reçois un million de dollars, je demande les trois derniers bulletins de salaire plus une caution des parents, j’ai bien peur que votre dossier ne soit pas retenu.
Finalement, madame Deane, je n’apprécie que très peu votre suggestion concernant l’usage de l’argent reçu, je cite : « en l’utilisant pour bénir d’autres pauvres ». Voyez-vous madame Deane, ce n’est pas parce que vous n’avez jamais connu le besoin grâce à Carlos, ou l’envie de manger à la cantine, avec les copains et les copines, que vous pouvez assumer directement que tous les autres sont des pauvres. Je suis moi-même à la tête d’une confortable fortune de quelques centaines d’euros acquis grâce à ma carrière dans l’ingénierie informatique et la sélection rigoureuse des différentes marques de pâtes à Monop’. C’est donc mon dernier conseil : soyez malheureuse, mais humble. Toujours rester humble.
En espérant que vos trois semaines réglementaires ne soient pas écourtées,
Cordialement,
− Stéphane.
